Quels sont les risques du cloud pour les banques et les assurances, et comment les limiter ?

Le cloud s’impose aujourd’hui comme un levier de transformation pour les banques et les assurances. Réduction des coûts d’infrastructure, meilleure flexibilité, continuité de service… Les avantages sont nombreux. Mais dans des environnements où l’interruption d’activité n’est pas une option, une migration vers le cloud ne s’improvise pas.

Les risques du cloud pour les banques et les assurances doivent être anticipés dès les premières étapes du projet afin de garantir la résilience des systèmes d’information.

Pour mieux comprendre ces enjeux, nous avons échangé avec Jonathan Courteix, ingénieur de production spécialisé dans le cloud chez Digital Novva Partners. Il partage son retour d’expérience et les bonnes pratiques à mettre en place pour sécuriser une migration cloud dans des environnements critiques.

Pourquoi les banques et assurances adoptent-elles le cloud ?

Les banques et les assurances font évoluer leurs infrastructures informatiques. Et ce, pour répondre à des exigences toujours plus fortes en matière de disponibilité, de sécurité et de performance. Dans ce contexte, le cloud s’impose progressivement comme une solution capable d’accompagner ces nouveaux besoins.

Réduire les coûts d’infrastructure

Maintenir une infrastructure informatique en interne représente un investissement important. Il faut financer les serveurs, les équipements réseau, leur maintenance, leur renouvellement et les ressources humaines nécessaires à leur exploitation. 

Le cloud permet de mutualiser ces infrastructures entre plusieurs entreprises. Les coûts sont ainsi répartis, ce qui réduit les investissements matériels tout en donnant accès à des infrastructures performantes.

« Le cloud, quand il est maîtrisé, revient beaucoup moins cher que de maintenir toute l’infrastructure en interne. Les providers (fournisseurs cloud) rentrent dans leurs frais uniquement parce qu’ils ont une multitude de clients. » 

Pour les banques et les assurances, cette approche permet également de concentrer leurs investissements sur des projets à forte valeur ajoutée plutôt que sur la gestion d’infrastructures physiques. 

Gagner en flexibilité et en scalabilité

Les besoins informatiques évoluent en permanence. Une campagne commerciale, une hausse du nombre de transactions ou le lancement d’un nouveau service peuvent nécessiter davantage de ressources pendant une période limitée. 

Le cloud offre une grande capacité d’adaptation. Les ressources peuvent être augmentées ou réduites en fonction des besoins, sans remplacer l’infrastructure existante. L’entreprise paie uniquement les ressources qu’elle utilise. 

Cette flexibilité est particulièrement utile dans les environnements bancaires et assurantiels, où les applications doivent rester performantes malgré des variations importantes de charge.

Se recentrer sur son coeur de métier grâce au modèle de responsabilité partagée

Migrer vers le cloud ne consiste pas uniquement à externaliser les serveurs. C’est aussi l’occasion de répartir les responsabilités entre le fournisseur cloud et les équipes internes : 

  • Le fournisseur prend en charge une partie de l’infrastructure physique et de sa sécurisation. 
  • Les équipes IT peuvent alors consacrer davantage de temps aux applications, aux données, à la performance des services et aux projets de transformation. 

Cette répartition des responsabilités permet aux banques et aux assurances de se concentrer sur leurs enjeux métiers, tout en s’appuyant sur des infrastructures conçues pour répondre à des exigences élevées en matière de disponibilité et de sécurité.

Les principaux risques du cloud dans le secteur bancaire et assurantiel 

Migrer vers le cloud offre de nombreux avantages. En revanche, cela ne supprime pas les risques. Les banques et les assurances manipulent des données sensibles et exploitent des applications critiques, dont la disponibilité est essentielle au bon fonctionnement de leurs activités. 

Une mauvaise anticipation des risques peut entraîner des interruptions de service, des pertes de données ou des difficultés de mise en conformité. Identifier ces points de vigilance est donc une étape indispensable avant toute migration.

Une forte dépendance au fournisseur cloud

L’un des principaux risques est la dépendance à un fournisseur cloud, aussi appelée vendor lock-in. Lorsqu’une entreprise construit toute son infrastructure autour d’un seul prestataire, il devient plus difficile de changer de solution par la suite.

« Si demain un provider décide de fermer ses portes, on n’a pas de moyen de revenir en arrière facilement. Ça veut dire qu’on serait obligé d’interrompre l’activité le temps de reconstruire l’infrastructure. Et la dépendance, c’est aussi une dépendance tarifaire : si Microsoft décide demain de monter ses prix, on devra s’y adapter. »

Cette dépendance ne concerne pas uniquement un arrêt de service. Elle peut également avoir des conséquences financières, techniques ou stratégiques. Une hausse des tarifs, une évolution des services proposés ou des difficultés de migration peuvent limiter la capacité de l’entreprise à faire évoluer son système d’information. 

Pour des secteurs où la continuité de service est essentielle, cette dépendance doit être prise en compte dès la conception de l’architecture cloud.

Les risques de cybersécurité et de fuite de données

Le cloud est parfois perçu comme moins sécurisé qu’une infrastructure interne. En réalité, ce n’est pas le cas. 

Les principaux fournisseurs cloud investissent massivement dans la sécurité physique de leurs data centers, la protection de leurs infrastructures et la détection des cybermenaces. Leur niveau de sécurité est souvent supérieur à celui qu’une entreprise pourrait mettre en place seule. 

En revanche, migrer vers le cloud ne supprime pas les risques de cybersécurité. Une mauvaise configuration, des droits d’accès mal gérés ou une erreur humaine peuvent suffire à exposer des données sensibles. 

Dans les secteurs bancaire et assurantiel, où les données sont particulièrement critiques, les conséquences d’une fuite dépassent largement le cadre technique. Elles peuvent affecter l’activité de l’entreprise, sa conformité réglementaire et la confiance de ses clients. 

Parmi les impacts les plus fréquents figurent notamment : 

  • L’obligation de notifier les clients concernés ; 
  • Les coûts liés aux investigations et à la remédiation ; 
  • Les enquêtes des autorités de contrôle ; 
  • Les frais juridiques et les actions de mise en conformité ; 
  • L’atteinte à la réputation de l’entreprise. 

À plus long terme, d’autres conséquences peuvent apparaître : 

  • Une perte de confiance des clients ; 
  • Une augmentation des primes d’assurance cyber ; 
  • Des interruptions d’activité pendant les opérations de sécurisation ; 
  • Une baisse du chiffre d’affaires liée à la dégradation de l’image de marque.

« Aujourd’hui, on sait à quel point les données sont importantes. Une fuite ne se limite pas à un problème technique : c’est un problème qui touche l’ensemble de l’entreprise, de la relation client jusqu’au bilan financier. » 

Autrement dit, migrer vers le cloud ne consiste pas à transférer l’ensemble des responsabilités en matière de sécurité au fournisseur. Une partie reste entre les mains de l’entreprise. Comprendre cette répartition des responsabilités est indispensable pour sécuriser efficacement son environnement cloud. 

Comment limiter ces risques ?

Les risques liés au cloud ne sont pas une fatalité. Lorsqu’ils sont anticipés dès la conception du projet, il est possible de réduire considérablement leur impact. 

La sécurité d’un environnement cloud repose avant tout sur une stratégie adaptée, une répartition claire des responsabilités et la mise en place de bonnes pratiques techniques.

Comprendre et appliquer le modèle de responsabilité partagée

La première étape consiste à comprendre que la sécurité d’un environnement cloud ne repose pas uniquement sur le fournisseur. 

Le cloud fonctionne selon un modèle de responsabilité partagée : 

  • Le fournisseur sécurise l’infrastructure physique et les services qu’il met à disposition. 
  • L’entreprise, de son côté, reste responsable de la configuration de ses environnements, de la gestion des accès et de la protection de ses données. 

Par exemple, si une entreprise rend par erreur un espace de stockage accessible à tous, la fuite de données résulte d’une mauvaise configuration dont elle est responsable, et non d’une faille du fournisseur.

« On donne une grosse partie de la sécurité au cloud provider, mais nous, on s’occupe de sécuriser notre application et nos données. C’est un partage, pas une délégation totale. »

Comprendre cette répartition des responsabilités permet d’identifier les véritables points de vigilance et d’éviter de considérer le cloud comme une solution de sécurité « clé en main ». 

Renforcer la disponibilité des services grâce à la géo-redondance et au load balancing

Dans les secteurs bancaire et assurantiel, la continuité de service est un enjeu majeur. Une interruption, même de courte durée, peut avoir des conséquences importantes sur les opérations et l’expérience des utilisateurs. 

Pour limiter ce risque, les fournisseurs cloud proposent plusieurs mécanismes de résilience : 

  • La géo-redondance consiste à répliquer les données sur plusieurs sites géographiques distincts, par exemple à Dublin et Amsterdam. Si un data center devient indisponible, un autre peut prendre le relais afin d’assurer la continuité de service. 
  • Le load balancing (ou répartition des charges) complète cette approche. Il répartit automatiquement le trafic entre plusieurs serveurs afin d’éviter qu’un seul ne soit surchargé ou indisponible. En cas de défaillance d’un serveur, les utilisateurs sont redirigés vers un autre, sans interruption perceptible. 

Ces mécanismes contribuent à renforcer la disponibilité des applications et à limiter les impacts d’un incident technique. 

Assurer une veille technologique et maintenir les systèmes à jour

La sécurité cloud évolue en permanence. De nouvelles vulnérabilités apparaissent régulièrement et les méthodes d’attaque se perfectionnent. 

Les équipes IT doivent donc : 

  • Assurer une veille technologique continue ; 
  • Appliquer les correctifs de sécurité dès qu’ils sont disponibles ; 
  • Faire évoluer leurs pratiques en fonction des nouvelles menaces.

« La sécurité bouge énormément. Il faut faire beaucoup de veille technologique. Et même en faisant tout ça, il est impossible aujourd’hui d’avoir un système inviolable. »

L’objectif n’est pas de supprimer totalement le risque, mais de réduire la surface d’attaque et d’améliorer la capacité de l’entreprise à réagir rapidement en cas d’incident. 

Limiter la dépendance grâce au multi-cloud ou au cloud hybride

Pour réduire le risque de dépendance à un seul fournisseur, certaines entreprises choisissent une architecture multi-cloud ou hybride : 

  • Le multi-cloud consiste à répartir les services entre plusieurs fournisseurs, comme Azure, AWS ou Google Cloud. Cette approche limite les conséquences d’une indisponibilité ou d’un changement tarifaire chez un prestataire. 
  • Le cloud hybride, quant à lui, combine une infrastructure interne (on-premise) avec un ou plusieurs clouds publics. Les entreprises peuvent ainsi conserver certaines applications ou données sensibles en interne, tout en profitant de la flexibilité du cloud pour d’autres usages. 

Le choix entre ces architectures dépend des contraintes techniques, réglementaires et budgétaires de chaque organisation. Dans tous les cas, diversifier les environnements renforce la résilience du système d’information et limite les risques liés à une dépendance excessive envers un fournisseur.

Ce que la réglementation impose

Dans les secteurs bancaire et assurantiel, la migration vers le cloud ne répond pas uniquement à des enjeux techniques. Elle doit également respecter un cadre réglementaire exigeant, destiné à protéger les données sensibles et à garantir la résilience des systèmes d’information.

DORA : renforcer la résilience opérationnelle des établissements financiers

Entré en application en janvier 2025, le règlement DORA (Digital Operational Resilience Act) impose aux établissements financiers de mieux maîtriser leurs risques numériques. 

Il fixe notamment des exigences en matière de gestion des risques liés aux prestataires informatiques, y compris les fournisseurs cloud. Les banques et les assurances doivent être en mesure d’identifier leurs dépendances, d’évaluer leurs prestataires et d’assurer la continuité de leurs services en cas d’incident. 

Le choix d’une architecture cloud ne relève donc plus uniquement d’une décision technique. Il s’inscrit également dans une démarche de conformité réglementaire.

RGPD et localisation des données : des obligations à ne pas négliger

Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) encadre la collecte, le traitement et la conservation des données personnelles au sein de l’Union européenne. 

Migrer vers le cloud ne dispense pas les entreprises de ces obligations. Elles restent responsables de la protection des données qu’elles traitent, même lorsqu’elles s’appuient sur un fournisseur cloud. 

C’est pourquoi la localisation des données constitue un point de vigilance important, en particulier pour les secteurs manipulant des informations sensibles.

« D’où l’importance d’héberger ses données en Europe. C’est pour ça que la plupart des entreprises françaises le font et suivent cette règle. C’est aussi une façon de protéger sa réputation et la confiance de ses clients. » 

Lorsque les données sont transférées en dehors de l’Union européenne, l’entreprise doit s’assurer que ces transferts respectent les exigences du RGPD et offrent un niveau de protection équivalent. 

La CNIL veille au respect de ces obligations

En France, la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) est chargée de veiller au respect du RGPD. 

Elle peut accompagner les organisations dans leurs démarches de conformité, contrôler leurs pratiques et prononcer des sanctions en cas de manquement, notamment à la suite d’une fuite de données ou d’un défaut de protection des informations personnelles.

Conclusion

Le cloud offre de nombreux avantages aux banques et aux assurances. Il permet de gagner en flexibilité, d’optimiser les coûts et de renforcer la performance des infrastructures. À condition, toutefois, d’anticiper les risques dès les premières étapes du projet. 

Dépendance à un fournisseur, cybersécurité, continuité de service ou conformité réglementaire : une migration cloud réussie repose sur une stratégie adaptée aux enjeux de l’entreprise. Au-delà de la technologie, c’est la capacité à maîtriser ces risques qui garantit la résilience du système d’information sur le long terme. 

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FAQ

Le cloud est-il sécurisé pour les banques et les assurances ?

Oui, à condition qu’il soit correctement configuré. Les principaux fournisseurs cloud investissent massivement dans la sécurité de leurs infrastructures. En revanche, les entreprises restent responsables de la gestion des accès, de la configuration de leurs environnements et de la protection de leurs données. La sécurité repose donc sur un modèle de responsabilité partagée.

Quels sont les principaux risques du cloud pour les banques et les assurances ?

Les principaux risques concernent : 

  • La dépendance à un fournisseur cloud ; 
  • Les erreurs de configuration pouvant entraîner des fuites de données ; 
  • Les cyberattaques ; 
  • Les interruptions de service ; 
  • Les enjeux de conformité réglementaire. 

Ces risques peuvent être limités grâce à une architecture adaptée et à une stratégie de sécurité bien définie.

Comment garantir la continuité de service dans le cloud ?

La continuité de service repose sur plusieurs mécanismes complémentaires, comme la géo-redondance des données, le load balancing, les plans de reprise d’activité et, selon les besoins, des architectures multi-cloud ou hybrides. Ces bonnes pratiques permettent de limiter les interruptions et de renforcer la résilience des systèmes d’information.

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